Mon parcours alimentaire (2/2)

Il serait judicieux de lire la première partie avant d’attaquer celle-ci 😉


Seconde université et hic et nunc : déconstruction et végétarisme

Nouveau déménagement, nouveaux rebondissements dans nos vies. Il y a eu quelques changements alimentaires, surtout au petit-déjeuner : je ne sucre plus mon thé et vive les flocons d’avoine ! Le pain, c’est meilleur le dimanche avec un œuf à la coque, quand on prend le temps de bruncher et de discuter tous ensemble. Nous mangeons tout le temps à la maison (je suis alors à 5 minutes de la fac, quel pied) et avec plaisir : franchement, entre la pizza maison et celle du commerce, le choix est vite fait. De temps en temps, on craque pour des « cochonneries industrielles » : soupe de nouilles instantanées (la faute à mon engouement pour la Corée du Sud, ahem), des chips, des bugnes, des mochis glacés, des sushi et maki… Mais c’est de plus en plus rare.

Pour les gâteaux, c’est pareil. Ceux fait maison sont plus satisfaisants que ceux du commerce. Avec le temps, le palais se déshabitue de l’excès de sucre et de sel. Je ne peux plus boire de soda car je trouve ça horriblement sucré. Même si j’aime le goût et le craquant des chips, juste après je vais me plaindre du sel ou du fait que ma langue est bizarre. Les pâtisseries pleine de crème me donnent un haut-le-cœur, les biscuits pur beurre, je les fuis comme la peste… Ah et quelle blague les fruits sur les tartelettes, autant en manger des frais, le goût est incomparable.

Revenons aux repas. Lors de ma première licence, j’ai fait un exposé en groupe sur le poisson en élevage. Je vous laisse deviner la suite : nous nous sommes alors rabattus sur les petits poissons en boîte de conserve et le foie de morue. C’est riche en oméga-3, quelle aubaine ! Voilà, 2014 ne laissait pas présager que l’année suivante, on basculerait brutalement vers le végétarisme. Mais toutes les années précédentes nous ont inconsciemment préparé à ce changement…

Avril 2015 : nous arrêtons la viande.

Comme ça, sur un coup de tête ? Oui et non. Remettons les choses dans le contexte. Ma sœur nous partage des témoignages qu’elle a lu sur un forum où plusieurs filles sont devenues végétariennes. Honnêtement, au départ, je n’étais pas partante. « Quoi, juste parce que tu as vu ça en ligne sur ton forum, pfff…! » Mais elle fait bien d’insister en nous en parlant régulièrement et surtout en nous collant devant une vidéo d’abattoir et une conférence de Gary Yourofsky.

Si mes parents et ma sœur restent scotchés jusqu’au bout devant cette conférence, je m’enfuis. Ayant vu quelques images d’abattoir, je suis d’emblée prête à tenter l’expérience sans viande. Comme je suis déjà convaincue, je ne veux pas regarder une vidéo avec des images violentes que je ne supporterai pas. Heureusement, je me rattrape en 2017 et visionne la conférence de A à Z.

Qu’est-ce que j’en retiens ? Eh bien, déjà, je vous invite à voir vous aussi cette vidéo ci-dessus. Pour 1h de conférence, il n’y a pas que des images d’abattoir, elles se situent seulement au début et à la fin. Libre à vous de ne pas les regarder mais je pense que c’est à voir au moins une fois dans sa vie. Histoire de bien s’ancrer dans la réalité et d’arrêter de se voiler la face. Le reste de la conférence consiste en des explications très claires sur les raisons du végétarisme. L’argument le plus important, qui est à ex-æquo avec le fait de ne plus vouloir faire souffrir les animaux, est que l’être humain est herbivore. Yourofsky le prouve scientifiquement : nous n’avons pas besoin de viande ni de poisson pour vivre. Une alimentation végétale suffit pour combler nos besoins nutritifs et gustatifs !

Revenons à mon histoire. Après avoir arrêté la viande en avril 2015, nous continuons cependant à manger du poisson. Nous n’avons pas encore pleinement saisi le concept du végétarisme puisque nous faisons encore une distinction entre les animaux terrestres et marins. Pourquoi ? Deux raisons :

  1. Nous voyons bien la souffrance des vaches, des cochons et des poules en abattoirs alors que celle des poissons est moins visible. Spoiler : les poissons ne crient pas mais souffrent quand même !
  2. Nous avons peur des carences car nous gardons en tête les recommandations du gouvernement. Nous n’avons pas encore conscience du pouvoir des lobby, nous pensons naïvement que nous pouvons faire confiance à l’État et à la médecine.

Mais quelques mois plus tard, en décembre 2015, nous arrêtons aussi de consommer du poisson. Cela montre qu’il est possible de prendre du recul avec ses croyances et sa perception du monde. Ok, ça nous a pris un sacré moment pour accepter que nous n’allions pas souffrir de carences ou mourir de faim sans ces pauvres poissons mais le changement a été opéré !

Devenir végétarien est un travail sur soi, sur la conception que l’on a du monde et ce travail a un impact sur nos relations sociales. Je disais dans mon premier article que rien n’est immuable. En écrivant cette phrase, je pensais surtout aux personnes qui déclarent qu’elles ne peuvent pas changer parce que c’est trop dur. Parce qu’elles n’ont pas l’habitude. Parce qu’elles n’ont pas la volonté.

Je suis la preuve qu’on peut changer d’alimentation et je ne suis pas la seule dans ce cas ! Moi-même je n’aurai jamais pensé à devenir végétarienne si ma sœur ne m’avait pas partagé les témoignages d’autres personnes. Je comprends qu’un tel changement puisse faire peur, ce n’est pas rien de bousculer tous les codes établis depuis sa plus tendre enfance. Et c’est loin d’être évident quand des organismes officiels vous tirent dans l’autre sens, avec des messages erronés destinés en réalité à augmenter leur profit au lieu de prendre soin de votre santé. Ou même de se soucier de la souffrance animale.

Oui, ça fait peur de se retrouver en minorité. Dans mon cas, ce n’était pas ma plus grande difficulté comme j’ai déjà l’habitude d’être vue comme une marginale. Mais je comprends les personnes pour qui le regard de l’autre a un impact. Réjouissez-vous : aujourd’hui, on parle beaucoup plus de végétarisme, c’est même tendance. On a accès à de nombreux sites avec des informations de qualité pour bien effectuer sa transition. On peut demander conseils sur des forums ou d’autres réseaux sociaux. Sur ce sujet, nous vivons une époque formidable !

En ce moment, je lis No Steak du journaliste Aymeric Caron. Tout en partageant différents chiffres et informations, il raconte parfois quelques anecdotes pour illustrer ses difficultés en tant que végétarien. Les difficultés en question sont évidemment celles qu’on rencontre en société. Il y a un passage qui m’a marquée. Il explique un moment que dans une conversation entre un végé et un non-végé, se pose une question en creux : qui est dans l’erreur ?

Le problème avec cette question est qu’on vire très vite à la dispute. Finalement, ça devient une bataille d’ego. Alors même si je suis intimement persuadée de bien agir, j’essaie de garder mon calme (c’est dur !) et j’essaie d’ouvrir le dialogue plutôt que de m’enfermer dans une guerre d’arguments. Le but, après tout, est de sensibiliser l’autre à la souffrance animale. Si j’arrive et que je l’agresse, comment cette personne pourra-t-elle avoir envie de m’écouter ?

Cette méthode de communication non violente porte ses fruits. Dans mon entourage, je vois de petits changements dans les habitudes alimentaires. Ces personnes ne deviennent pas de suite végétariennes et font parfois le même parcours que moi, comme arrêter la viande et surtout manger du poisson. Plutôt que de leur dire « tu devrais arrêter aussi le poisson ! » je me réjouis en mon fort intérieur du changement déjà effectué. Ce n’est pas différent des parents qui doivent accepter que leurs enfants fassent des erreurs. Il est normal qu’ils souhaitent le meilleur pour leurs enfants mais apporter trop vite certains conseils en empêchant leurs enfants de faire leurs propres expériences est dangereux.

Mais je reconnais que souvent, je suis très en colère contre les personnes qui ne veulent même pas faire l’effort de se renseigner sur la réalité des souffrances que vivent les animaux. Je ne coupe pas pour autant les ponts avec ces personnes car je les apprécie et j’aime discuter de d’autres sujets avec elles. J’espère au fond de moi qu’un jour, le déclic s’opèrera chez ces personnes comme ça a été le cas pour moi. Nous avons tous une histoire et un parcours différents, nous sommes alors tous plus ou moins sensibles à certaines idées en fonction de l’éducation reçue (par exemple, dans un autre registre, j’ai mis du temps à accepter la notion de polyamour, la première fois qu’on m’en a parlé, j’étais scandalisée ! Tiens, c’est ma sœur une fois de plus qui m’en avait parlé, j’ai beaucoup appris grâce à elle ❤ )


J’arrête là cette seconde partie même si la fin est un peu étrange haha. Bon, je suis plus partie en réflexion générale au lieu de raconter ma vie en tant que végétarienne mais c’est dur de se limiter à un sujet. Et je trouve le rendu assez confus, j’essaierai pour les prochains articles de me limiter à une idée/un thème précis 😉

14 réflexions sur “Mon parcours alimentaire (2/2)

  1. Merci de nous partager ce témoignage, c’était très intéressant 🙂
    Pour ma part, je ne pense pas pouvoir devenir vegan rapidement, car je suis très difficile en nourriture et ne pense que ce soit une bonne idée d’enlever les aliments issus d’animaux comme ça. Mais je pense aussi que le monde doit tendre vers ça, tout simplement parce qu’on fait actuellement (trop) souffrir les animaux. Je mange plus de légumes qu’avant, ça c’est clair, et j’en suis content.
    La première étape à abolir, c’est clairement l’élevage industriel IMO.

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    1. Merci d’avoir pris la peine de lire 🙂 Tu as le mérite de ne pas rejeter entièrement l’idée et de manger plus de légumes donc c’est tout à ton honneur ^^
      Je suis d’accord également à propos de l’élevage industriel mais l’abolition ne fonctionnera réellement que si on boycott la consommation de viande – autrement, ça sera un coup d’épée dans l’eau…
      Tu parles de véganisme mais dans mon article je parle en tant que végétarienne, ce qui est très différent ! (et donc merci, tu me donnes le thème de mon prochain article haha)
      Enfin tu n’as pas tort quand au fait d’arrêter l’alimentation animale : en effet, ça ne se fait pas « comme ça » car il faut équilibrer ses repas en conséquence mais c’est tout à fait possible 🙂 Mais cela fera aussi l’objet d’un autre article 😉

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    1. Je pense que ton choix de mot a été influencé aussi parce que les média utilisent souvent le terme végan à tort et à travers ^^
      Plus que de la rapidité, c’est une action continue et efficace qu’il faudrait… en ayant en tête le long terme ^^

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  2. « Nous n’avons pas encore conscience du pouvoir des lobby, nous pensons naïvement que nous pouvons faire confiance à l’État et à la médecine » ÇA ! C’est ma mère tout craché ! J’ai presque abandonné de lui faire changer d’avis, j’ai pas la motivation, mais j’essaie de faire le changement de mon côté (et pour moi c’est pas qu’une question de souffrance animale, mais aussi un soucis écologique ^^)
    + Hier soir on parlait de légumes avec ma mère, et elle m’a dit qu’elle achetait des légumes bio parfois .. elle parlait des légumes qu’elle achetait sur le marché, elle était vraiment persuadée que tous les producteurs n’utilisaient pas de pesticides parce qu’ils ne sont pas affiliés à la grande distribution (heureusement, ma tante est viticole, du coup j’ai pu lui remettre les idées en place avec un bon exemple xD)

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    1. A force de voir des changements chez toi, ta mère finira peut-être par comprendre, faut de la patience ^^ et c’est génial que t’essaies de la sensibiliser avec tes moyens du bord, bien joué 😀 Eh ouais, l’image du « marché traditionnel avec les paysans qui vendent leur récolte » est tellement forte qu’on pense souvent que c’est l’idéal et qu’ils n’abusent pas de pesticides :/

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      1. J’espère ! Mais bon, vu que je pars en Corée l’année prochaine, et qu’en plus elle vient avec moi pendant 3 semaines, et qu’en plus, you know que la Corée c’est THE pays qui mange de la viande …. :/ (déjà qu’elle a une alimentation restreinte, mais si en plus on enlève la viande, ça va être compliqué xD)
        Oui voilà c’est ça :/ le seul avantage c’est qu’on privilégie la consommation court-circuit (enfin certains importent mais bref voilà) au lieu de la grande distribution

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  3. Petit truc pour les pesco-végétarien permanent ou en transition, les petits poissons sont vraiment plus sains (moins gras, donc moins de métaux lourds). Et si possible, il faudrait choisir ceux pêcher à la ligne et non au filet, because un peu plus correct pour l’environnement et éthique. On racle pas le fond de la mer, et ça privilégie le boulot de « petits pêcheurs » que de grosses industries.

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  4. Je peux enfin répondre à tes deux excellents articles !! C’est fascinant de voir comment l’évolution alimentaire d’une personne peut s’amorcer, quels ont été les éléments déclencheurs et à quel point l’origine de ce changement peut remonter bien plus loin que ce à quoi on s’attendrait !
    Sur ce sujet-là, ce qui m’intrigue le plus, c’est où acheter ses produits et si cela implique forcément de délaisser les grandes surfaces pour aller vers une alimentation plus éthique, vers quelles enseignes se diriger ? Comment localiser les producteurs locaux qui vendent sans intermédiaire ?
    J’aimerais arrêter définitivement la viande mais j’en suis encore à l’étape où remplacer cette source de protéine me paraît coûteuse et fastidieux… je n’ai pas encore forcément non plus les motivations éthiques, disons que j’ai simplement perdu tout goût envers la viande

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    1. Merci de ton retour ! ❤
      Je te conseille Biocoop pour faire tes achats ou tout simplement le marché traditionnel, après tu peux quand même aller en grandes surfaces, parce que certains produits sont moins chers et je comprends que tout le monde ne roule pas sur l'or. Pour avoir un impact plus positif même en grandes surfaces tu peux faire attention à la provenance des produits que t'achète (empreinte carbone) ou pour les œufs, faire attention au code (évite les codes 2 et 3 et privilégie les codes 1 et 0).
      Concernant les protéines, c'est une fausse idée souvent répandue (merci les lobby) comme quoi on ne peut pas remplacer la viande ^^ Alors que les protéines c'est super facile à trouver dans une alimentation végétale, y'en a partout ! De tête je te cite en exemple les pois chiches et les lentilles mais y'en a d'autres (ça mérite un article héhé). Je te passe le lien d'une vidéo au cas où tu aimerais avoir rapidement une réponse + détaillée : https://www.youtube.com/watch?v=7Bm2hhnIHzU&list=PL1FqtK8Bn02Z1-jk8k8dmwTFqGs5tidtp&index=16
      Enfin, je vais pas me plaindre si tu veux arrêter la viande même si c'est pas par motivation éthique, pour moi c'est toujours des animaux de sauver :)) et tant mieux si t'as perdu le goût de la viande, au moins ça te sera plus facile pour faire ta transition ^^

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      1. Ma réponse avec 10j de retard ! Merci pour la tienne, qui me sera très utile. Je te rassure, je suis très sensible à la cause animale, surtout quand je vois des extraits de vidéos tournées dans les abattoirs et lieux d’élevage. C’est juste que… comme la plupart des gens, ça ne m’a jusqu’ici pas empêchée de continuer à consommer de la viande.
        C’est triste, je sais.
        Vu que je n’ai pas le temps de faire les courses je doute pouvoir vraiment changer d’alimentation aujourd’hui, mais le jour où je partirai de chez mes parents ce sera faisable !

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        1. Y’a pas de date de péremption pour les réponses alors le retard je m’en moque 😉
          C’est « normal » ce sont des habitudes longtemps ancrées dont il est difficile de se défaire mais t’as déjà entamé le premier pas en regardant des vidéos alors je me fais pas de soucis pour toi 🙂 Et tu n’es pas la seule avec la « contrainte parentale + temps » donc je comprends tout à fait !

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