Lors d’une traversée.

↑ Image mise en avant : Lionello DelPiccolo sur Unsplash

Alors, ça vient ?
Chut, j’essaie de rassembler mes pensées.
N’importe quoi, elles sont déjà là. Regarde, ça clignote partout.
Oui, non… rho tu fais chier à la fin. J’essaie de les ordonner, voilà, ça te va ?
Tape des mots, n’importe quoi. Tout va se débloquer après.
Mais je n’aime pas revenir sur mon travail. Pourquoi je ferai 2 fois la même chose ?
Comment ?
Ben oui, j’écris tout dans ma tête, je range et ensuite seulement je me colle devant l’ordi.

Quoi ?
Tu ne vas pas faire long feu comme ça. Pour un article, quelque chose de ponctuel, ok.

Sur le long terme ou si tu veux écrire quelque chose de plus consistant et long, t’es dans la merde.
Je sais.

Bon, en principe tu as envoyé paître Perfection, non ? Alors qu’est-ce qui te bloque ?
J’ai du mal à commencer quelque chose. Et encore plus de mal à finir. Entre les 2, il y a de très bons moments. Je planifie trop, j’échoue. Je ne planifie pas assez, je me ramasse.
Tu n’as juste pas encore trouvé le rythme qui te convient. Tu manques un peu de discipline aussi, non ?
Ouais, je me suis dit que de me lever plus tôt et de me coller à la même heure pour écrire, peut-être que ça aiderait.
Mais ?
Mais je ne sais pas, après je lis ailleurs que ça ne marche pas forcément.
Voilà ton malheur. Qu’est-ce que tu as à te comparer aux autres ? Trouve ta propre tambouille !
Facile à dire.

Allez, tu te braques. Tu le sais, au fond, qu’il n’y a que ta pomme qui connaît la tarte la plus appropriée, la plus goûteuse. Pourquoi tu ne t’écoutes pas un peu plus ? T’as pas besoin de la recette des autres.
Un peu, quand même… il y a des choses intéressantes.
Ok, renseigne-toi si tu veux. Juste pour le plaisir d’apprendre, d’évaluer tous les points de vue qui existent. Mais diantre, te laisse pas influencer par ça. Enfin, pas dans le mauvais sens, quoi. Si t’arrive pas à augmenter ton estime en piochant des astuces chez les autres, met des œillères.

Eh oui. Au passage, perds pas courage en voyant des propos du style « on ne peut pas écrire en restant chez soi » Crotte de bique, la personne qui écrit ça, ça lui convient. Toi, tu sais que t’as pas le même trip. Tu t’en fiches de rester à la maison, t’as pas ce besoin de sortir. A chaque personne son style, d’accord ? Qui te dit que tu n’as pas des choses à raconter même sans être une personne extravertie, hum ?

Je me demande justement quel est le ratio d’auteurices extraverti.e.s ou introverti.e.s
Eh oh, stop. C’est intéressant mais on essaie d’écrire tout autre chose, là, non ?
Fiche-moi la paix, c’est ça mon style aussi. Un sujet en amène un autre. Je croyais que je pouvais écrire comme bon me semblait ? Faut savoir à la fin.
Grave, c’est à toi de le savoir, en fait. Je te sers de mur retour comme au ping-pong. Je te challenge un peu.


Tu boudes ?
Non. Je réfléchis.
Excuse-moi, ce silence était épais et un peu renfrogné.
ça t’apprendra à me juger. Pour ta gouverne, je ne me sens pas obligée de sourire en permanence. J’suis pas le clown vendeur de fast-food, hein.
Ok, ok, je vois.
Tout comme je ne suis pas obligée de te regarder. Parfois, ça me fatigue. Les gens ne se rendent pas compte de tout ce qui passe par les yeux.
En-dehors des caca n’oeil ?
Ha ha, hilarant. Sérieusement, c’est plus reposant de parler sans fixer dans les yeux. Suffit que je vois un léger changement de comportement chez l’autre et ça me perturbe.
Pourtant, tu fixais vachement les gens dans les yeux quand t’étais au collège. Au lycée, aussi. Et à la fac, tiens.
Manière de jauger, pour savoir où je m’aventure. J’avais pas envie de passer l’année avec des gens avec lesquels je savais que le courant ne passerait pas. Pas envie de faire cet effort.

Ça se tient.
Et puis c’était plus facile car souvent, j’écoutais les autres. Regarder quelqu’un dans ce contexte, c’est lui exprimer « je t’écoute avec attention » Du coup c’est tout bénéf’ pour moi, je bombarde de questions pour ne pas avoir à m’exprimer. Je savais pertinemment qu’une personne qui n’a pas l’habitude d’être écoutée va saisir cette occasion.
Je vois une ombre au tableau.

Il y a toujours une ombre.
Alors ?
Alors… alors je me mets hors de portée des autres. Je suis plus secrète que je ne le pense.
Sans blague.
Cet espace, par exemple. C’est soigneusement filtré ce qu’on peut y trouver.
Mais tout le monde fait ça, non ? C’est humain.

Ça n’empêche pas que je me sens comme une menteuse de ne pas réussir à transcrire exactement ce que je ressens. ça me frustre de voir des nuances passer à la trappe.
Je crois que t’as aussi la trouille de ne pas pouvoir contrôler comment les gens vont recevoir tes écrits.
Oui.

Wow, quelle réponse éloquente. Je pensais que tu allais entrer en débat et me faire la peau.
T’as pas envie de me féliciter plutôt de reconnaître la vérité et de l’accepter ?
Je ne sais pas, tu pourrais dire ça pour me faire plaisir. N’oublie pas, je suis là pour te challenger.
T’es dans ma tête.
Et ?
Je discute avec moi-même.
Et alors ?!
C’est bizarre.

T’as pas l’habitude. T’étais trop occupée à assurer ta survie en te pliant aux autres. T’as étouffé ta voix. C’est ta responsabilité, d’ailleurs.
Aïe.
Eh oui, ça fait mal de prendre ce qui te revient. C’est fini d’en vouloir à la Terre entière. Si tu continues sur cette voie…
…?

Le plus joli reste à venir. C’est pas un ménage de printemps que tu fais, c’est des années entières de vie que tu désencombres.
Je vais me taper encore combien de jours alternés ?
Comment ça ? Je te parle d’années, tu me parles de jours ?!
Parce que ça se traduit en jours. Je suis dans un état positif puis le lendemain je coule dans les marais.

Tu cherches tes clefs, normal. Une fois que tu sais que tu es sujette à cette variation, ça ne change rien dans ta manière de recevoir le jour ?
Un peu. Je me dis que c’est temporaire et je prends mon mal en patience.
Pas mâle ?
Je ne relèverai pas cette mauvaise blague. J’essaie de ne plus me cacher.

C’est-à-dire ?
Avant, je méditais ou je faisais un peu de sport. Je ne dis pas que c’est nul mais dans mon cas, ça me sert de planque. Un petit coup d’énergie et puis je vaque à d’autres occupations. Sans chercher à comprendre le pourquoi de cette humeur merdique.
Maintenant, tu dissèques tes ressentis.
Yep. Comme là, par exemple. Histoire de ne pas traumatiser mon coco, j’écoute de la musique en même temps.
Y’a quelque chose de vraiment cool, c’est que je te sens moins stressée par rapport à ta situation actuelle.
T’inquiète pas, je reporte tout sur mon futur.

Ouais mais c’est déjà bien que tu vives mieux le fait d’être chez tes parents à 26 ans, de n’avoir encore jamais vécue seule. De ne pas avoir bouclé tes études jusqu’au bout. De prendre le temps de vivre et de te connaître.
Je stresse aussi en pensant au moment où mes parents vont mourir. Gérer un deuil ? Gérer ma vie après ? Me débrouiller toute seule ? OMG.

C’est humain. Je préfère encore que tu te stresses dessus que tu fasses l’autruche. Essaie de tirer du positif de ce stress, analyse ce que tu peux faire à ton niveau.
Dans tous les cas, je sais que…
Que tu y repenseras, que tu le veuilles ou non. ça aussi, je crois que tu l’as bien intégré. Toute ta vie tu vas te poser 10 000 questions sur un tas de choses. Encore plus qu’avant, maintenant que tu as ouvert la boîte.
Mais je ne suis pas seule. Je suis.

I am. Ouais ça sonne plus joli en anglais, « je suis » on dirait que c’est le verbe suivre. Bref.
On a compris.
Nope, pas « on »
J’ai compris.
Voilà. T’as encore envie de parler ?
Pas vraiment, ça me suffit pour aujourd’hui.
Bravo et merci.

5 réflexions sur “Lors d’une traversée.

  1. J’aime beaucoup ta façon de dialoguer en interne. Je pense que ça doit être très utile 😉
    Pour discuter sur une toute petite partie de ce texte : tu sais, il n’y a pas de norme…. ça me parle tout à fait ton inquiétude par rapport à « où les autres en sont à ton âge » mais si tu cherches vraiment objectivement, tu verras que certains sont beaucoup moins avancés sur leur « chemin du bonheur » respectif … Ce n’est pas une course ni une compétition 😉
    Pourquoi ne pas impliquer un regard professionnel dans tout ce questionnement … ? Cela apporte souvent des réponses et des méthodes pour la suite 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! De passer par un personnage me permet d’oser me lâcher ^^
      Tu as tout à fait raison, j’oublie facilement dans les mauvais moments que ce n’est pas une course – mais ça arrive de moins en moins souvent donc le message a fini par être intégré 🙂 J’avais fait une courte thérapie et ça m’avait bien aidée, je garde toujours dans un coin de ma tête l’idée que, si ça ne va pas, je pourrai y avoir recours à nouveau ^^
      Merci pour tes commentaires 🙂

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      1. Je comprends tout à fait le besoin de passer par la voix d’un personnage 😉
        Oui les thérapies peuvent vraiment nous aider à s’apaiser et à trouver les réponses. J ai commencé comme tu dis « parce que c n’allait pas » ( différentes raisons ) mais j ai poursuivi un peu après en concentrant les efforts sur « mieux se connaître » u sens large…
        A la base je n’aurais jamais pensé faire appel à ça, et aujourd’hui je me demande où j en serais si je ne l’avais pas fait …! Mais je suis que les avis divergent.
        En tout cas ce genre de texte c’est un peu de la thérapie aussi,par l’écriture 🙂

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