Dialogue avec les ombres

Je vis par procuration via les films, séries, chansons et livres.

J’ai rarement l’impression de décider par moi-même de ce que je fais de ma vie. Après tout, la conscience d’être un individu à part entière ne date que d’un ou deux ans. Avant ça, le néant. Avant ça, une vie de fantôme.

Je ne renie pas tout ce que j’ai vécu. Il y a eu des mauvais et des bons moments. Mais vivre en ayant conscience d’être, eh bien, vivant… ça, c’est autre chose. Avant, c’était masque sociale sur masque sociale. Adaptation sur adaptation. Sur-adaptation à la longue.

Quand je revois mon parcours, ce n’est pas la haine ni le regret et encore moins le reproche qui m’étreint. Juste la tristesse.

Car la haine, je l’ai assez connu en crachant sur le monde entier au fond de mon cœur, en jugeant et méprisant les autres en silence.

Car le regret, je le connais rarement. Oui, je ne vois pas l’intérêt de regretter, c’est mon opinion. Peut-être que mon cas ne mérite pas de regret et tant mieux, en un sens. A moins que ça ne soit la résilience qui tient le regret à distance.

Car le reproche, une fois que j’ai pu l’exprimer en toute clarté à moi-même et par chance à des personnes qui ont bien voulu l’écouter, ce paquet d’ondes négatives s’évanouit. Et puis exprimer des reproches, c’est peser dans la balance les histoires de chacun et chacune, avec leurs raisons à tous et toutes. Les reproches aveugles sans volonté de comprendre le fond de l’histoire, pour expliciter et pas pour excuser, ne sont qu’un poison mortel pour soi-même.

La tristesse et la peur sont ce qu’il me reste à digérer.

La tristesse, celle que j’éprouve en revoyant la personne que j’étais. Un gros chagrin emplit ma poitrine en voyant comme je luttais en vain. Lutte silencieuse et inconsciente, lutte violente car vivre en faisant profil bas, vivre en respectant les règles et vivre en niant ses propres émotions n’est pas vivre. Ni même survivre. C’est errer en tant que fantôme et rien de plus.

La peur, celle qui m’a accompagné toute ma vie, consciemment et surtout inconsciemment. Peur de se faire remarquer, peur de sortir des clous, peur de ne pas être à la hauteur, peur de se faire rejeter, peur de ne jamais survivre sans l’autre.

Ma tristesse évolue lentement mais prend petit à petit d’autres formes. Elle se fissure, laisse entrevoir un peu de joie, une petite envie de ranimer l’étincelle vitale. Elle se teinte de défiance, d’audace et tel un feu qui couve, ne demande qu’à exploser en créativité, confiance et estime de soi.

Ma peur a trouvé bien des noms et justement, nommer les choses la rend moins effrayante. Plutôt que de gérer une grosse masse de peur, j’en fais des petits tas que j’identifie pour mieux les voir, les écouter et prendre soin de ces amas.

Aujourd’hui, je sais que j’ai peur de ne pas réussir à devenir autonome, peur de ne pas assez me faire confiance pour savoir quelle voie prendre dans la vie, peur de ne jamais parvenir à mettre à jour mes désirs. Quand on vit si longtemps dans la peur et la méfiance, on en oublie ses propres besoins et désirs.

J’ai peur de m’affirmer tel que je suis. Et encore il y a eu du progrès, je me connais mieux qu’avant. J’ai encore peur de ce dont j’ai besoin dans la vie et de ce que je pourrai éventuellement désirer. Car avoir besoin de choses et les désirer, ça implique un pas en avant, une action. J’ai peur de l’action par manque de confiance en moi donc je bloque mentalement mes besoins et désirs. Le fantôme sait désormais qui il est mais le fantôme refuse encore de réintégrer le monde matériel des besoins et désirs.

La peur finira par partir, je vais continuer de l’apprivoiser tout doucement. Je continuerai pendant un moment de vivre par procuration via mes loisirs visuels et sonores, le temps que j’amasse assez de lucidité sur mes envies et de confiance en moi pour vivre pleinement.


Note : voilà un texte que j’ai spontanément écrit en début d’après-midi. Je n’arrivais pas à avancer l’histoire que j’écris (ni à écrire des articles légers sur mon autre blog) car je suis assaillie par le doute et cela va bien au-delà du roman lui-même. Donc pour lâcher un peu la vapeur, j’ai écrit sans réfléchir sur ce que je ressens.

Ajout : Hasard ? Voilà un bel article signé par Barbara Bet du site Je veux du bonheur « Le pilier n°1 pour devenir acteur de sa vie« 

10 réflexions sur “Dialogue avec les ombres

  1. Tu peux être fière du chemin parcouru, ça s’est sûr. Faire tout ce cheminement de remise en question sur sa propre personne, ça demande du temps, du courage et beaucoup de volonté. Comme tu le dis, la peur finira par partir, elle s’estompe même déjà. Merci pour ce partage !

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  2. La peur peut également devenir le plus grand des stimulants ! Si aujourd’hui elle te met des bâtons dans les roues, demain elle pourrait devenir ton alliée. Tout est une question de temps et d’efforts – or tu t’y impliques déjà à fond !
    J’espère qu’avoir couché tes doutes sur le papier t’as fait grandement du bien.
    Si non, gros câlin !

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  3. Quel texte magnifique! Qui correspond beaucoup à mon propre cheminement.
    Comme tu l’as si bien dit, laisse-toi du temps. Nous vivons tous avec des peurs. Certaines s’effacent pour laisser la place à d’autres. Mais en cheminant comme tu le fais, tu apprendras à faire avec elles.
    Bravo pour ton cheminement !

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